1897 Arpad Szenes naît à Budapest le 6 mai 1897. Sa famille appartient à un milieu privilegié :"Un milieu très intellectuel. Un des mes oncles était compositeur et musicien, un cousin et ses enfants faisaient de la sculpture, un autre était metteur en scène et directeur d'un théâtre moderne, ami de Piscator et de Reinhardt. A Budapest, dès mon enfance j'ai connu des artistes". L'art le fascine très tôt :"Quant à l'art classique, j'en ai pris connaissance dès l'âge de quatre ans, sur les genoux de mon père, en feuilletant avec lui les albums de sa bibliothèque." Plus tard son ami sculpteur Desider Bokros-Bierman lui fait découvrir l'art contemporain international.
1918 Le désir de renouveau qui précède la révolution d'Octobre se manifeste en premier dans le domaine des Beaux-Arts. Les idées nouvelles venues d'Occident - l'art pour l'art, le Symbolisme, le Futurisme - sont acceptées avec enthousiasme. C'est dans cette atmosphère qu'Arpad Szenes rentre à "l'Académie libre" de Budapest. Son professeur, Jósef Rippl Rónai, fondateur du "Cercle des Impressionnistes et Naturalistes hongrois", a connu Matisse, Maillol, Bonnard, Vuillard. Ces artistes représentent pour Arpad Szenes les premières ouvertures vers les recherches picturales d'avant guerre. La musique contemporaine - Bartok, Kodaly - et la poésie d'Ady le touchent particulièrement.
1922 Il expose pour la première fois, à l'occasion d'un concours de peintures abstraites, au Musée Ernst à Budapest.
1924-1925 Arpad Szenes part pour un "tour d'horizon en Europe : Vienne, Berlin, Florence, Rome. Dans ces villes je suis resté chaque fois plusieurs mois. Ce que j'ai vu en Allemagne m'a séduit. J'y suis arrivé à l'époque du "Sturm und Drang". Si ce mouvement m'a séduit, il m'a fait aussi instinctivement peur... je suis allé en Italie, où j'étais émerveillé. Mais bientôt en voyant tant de chefs-d'oeuvre anciens accumulés, cela a commencé à me peser. Et voici mon arrivée à Paris". Szenes arrive en France avec son "Musée imaginaire d'art moderne dans les yeux... affamé de peinture", mais il passe son temps dans des boites de nuit à faire des caricatures pour gagner sa vie. Il s'installe successivement à Belleville, à La Villette, et aux Buttes-Chaumont. Il prolonge son séjour à Paris grâce à un emploi provisoire dans la presse.
1928 Il fréquente, sans y être inscrit, "l'Académie de la Grande Chaumière" où il rencontre Marie-Hélène Vieira da Silva. "Je l'ai remarquée immédiatement. J'ai eu le coup de foudre pour le regard de ma femme; Il était différent de tous les autres." La même année il rentre en Hongrie pour voir sa mère.
1929 De retour à Paris, il retrouve Vieira da Silva. "Je ne connaissais pas son nom, mais j'avais parlé d'elle à ma mère et elle avait parlé de moi à la sienne. ... Tout de suite nous avons decidé de nous marier. ... C'était instinctif. Il n'y a pas de logique dans la vie. Il y a des hasards merveilleux, stupides ou terrifiants."
1930 Le couple s'installe dans le 14ème arrondissement. "...nous vivions dans une impasse qui n'existe plus : Villa des Camélias. Le chemin de fer de la petite ceinture passait par là. Nous avions comme voisins Varèse, Pascin et Kokoschka. J'étais devenu très ami avec lui. Nous nous étions connus en déposant les poubelles le soir. Nous avions l'habitude de nous rencontrer pour cette besogne et la poubelle à la main, nous parlions philosophie." Il emmène Vieira da Silva en Transylvanie à Nagybánya (Baia Mare). Ce lieu est une communauté d'artistes qui travaillent en plein air. Il le considère comme la base de sa culture et désire le faire connaître à sa femme. Pour conserver sa nationalité, son pays lui impose de vivre en Hongrie. Il reste en France et de ce fait il devient apatride.
1931 Vieira da Silva introduit Arpad Szenes à "l'Atelier 17" dirigé par William Hayter. Il y rencontre Kolos Vari, Anton Prinner, Victor Brauner, Massimo Campigli, Max Ernst, Serge Brignoni. La tendance dominante de l'atelier est le Surréalisme qui marque fortement la peinture d'Arpad Szenes de cette époque. Odilon Redon et Yves Tanguy sont ses références. Il fréquente aussi les Surréalistes du groupe de jeunes communistes "les Amis du Monde" dirigé par Barbusse. Etienne Hajdu et Estève en font partie et resteront des amis fidèles du couple Szenes. Il expose au Salon des Surindépendants
1932 Arpad Szenes et Vieira da Silva rencontrent Jeanne Bucher dans sa première Galerie-Bibliothèque rue du Cherche-Midi. Elle connaît leurs travaux qu'elle a selectionnés aux Surindépendants. Dès cette date elle les suivra avec assiduité.
1933 Il découvre la "Métamorphose" de Kafka et en reste très impressionné au point de réaliser une série de gravures sur ce thème.
1935-1936 Le couple s'installe à Lisbonne. Arpad Szenes découvre ce pays :"...c'est dans ce Portugal dont j'ignorais l'existence que j'ai appris à mieux peindre les paysages et que j'ai compris mes sources hongroises car les plages portugaises m'ont rappelé la lumière de mon pays sur les rivages du lac Balaton...". Leur atelier accueille des jeunes artistes, poètes et critiques d'art. Antonio Botto y lit des poèmes, João Gaspar Simoès y prononce une conférence sur la peinture abstraite. En octobre 1936 Arpad Szenes et Vieira da Silva rentrent à Paris.
1937 L'artiste retrouve Marie Cuttoli qu'il avait déjà rencontrée en Hongrie. Elle vient de créer un atelier de tissage et demande à Arpad Szenes de réaliser des copies d'oeuvres de Matisse et de Braque. "Il (Matisse) était très satisfait, mais à un moment il y avait des lignes plus libres et il a dit :"C'est moi qui doit les faire, c'est ma main qui doit les tracer." Avec Jean Lurçat, il décore le secteur "Pour la paix "de l'Exposition Internationale de Paris. Il grave des images pour le poème "La chasse au Faon Rose" de Pierre Guéguen édité aux Cahiers d'Art par Christian Zervos.
1938 Le couple s'installe Boulevard Saint-Jacques. "C'était un lieu inconfortable mais superbe". Ils travaillent dans le même atelier. Ils ont comme voisin Apel.les Fenosa.
1939 La situation politique de la Hongrie par rapport à l'Allemagne rend aléatoire la position d'Arpad Szenes en France. Il décide de s'installer avec sa femme au Portugal.
1940 Il expose ses oeuvres dans leur atelier de Lisbonne avant le départ du couple pour le Brésil. Ils s'installent tout d'abord à Rio de Janeiro puis à Santa Tereza. Ils occupent la Pension Internationale, ancienne demeure à proximité de l'ex Hôtel International qui accueille une communauté d'artistes et intellectuels européens. D'un appentis en ruine, ils font l'atelier Silvestre, du nom de l'avenue qui le contourne. L'atelier se transforme en un centre de discussions artistiques fréquenté par des musiciens, des écrivains, des photographes, des cinéastes. Ils nouent des relations suivies avec Rubens Navarra, Carlos Scliar et se lient d'amitié avec les poètes Murillo Mendes et Cecilia Mereilles.
1942 Heitor Grillo, mari de Cecilia Mereilles et directeur de l'Université Rurale, commande à Arpad Szenes quinze portraits de savants dont les découvertes ont transformé l'agriculture.
1944 De nombreux artistes lui demandant régulièrement conseil, Arpad Szenes décide d'ouvrir un atelier de peinture. "J'ai fait une exposition et au lieu d'acheter mes tableaux on m'a demandé si on pouvait travailler avec moi. C'est ainsi, comme j'ai déjà dit, que je suis devenu professeur. A la fin j'avais presque deux cents élèves. Il paraît que j'enseignais bien; personnellement je ne crois pas". Il illustre de poèmes de Murillo Mendes et la traduction de "Chant de l'Amour et de la Mort du cornette Christophe Rilke" faite par Cecilia Mereilles. Il expose à l'Institut des Architectes Brésiliens et donne aussi une conférence sur la fonction de l'Art. Il participe à l'exposition organisée à Londres et Paris par l'Unesco au bénéfice de la R.A.F.
1945 Arpad Szenes expose avec Vieira da Silva à la Bibliothèque Municipale de Belo Horizonte dans l'Etat de Minas Gerais. La critique lui est très favorable : elle souligne son travail "honnête, acharné, lent et solitaire" et le cite comme un des meilleurs peintres de l'Ecole de Paris.
1946 Il organise à l'atelier Silvestre une exposition personnelle avant son départ pour l'Europe.
1947 En février, Vieira da Silva, rentre en France tandis qu'Arpad Szenes prolonge son séjour jusqu'au mois d'avril pour terminer ses cours de peinture. "La guerre a provoqué en moi une grande rupture. Au Brésil j'ai entrepris une reconstruction. J'ai recommencé à croire à l'homme, au monde... peut-être à la vie". Il rentre à Paris et retrouve l'atelier du Boulevard Saint-Jacques qui avait été confié à Jeanne Bucher pendant leur absence. Nicolas de Staël y avait travaillé quelques semaines.
1949 Première acquisition par l'Etat Français : "Composition (l'Atelier)", 1948.
1950 Il travaille le thème des "Conversations", puis celui des "Ateliers" déjà abordés au Brésil et surtout celui des "Banquets"."Pendant des années - près de dix ans je suis revenu sur ce thème. Ce n'était pas que le résultat me déplaisait mais il me semblait toujours de pouvoir apporter à l'ensemble des améliorations."
1953 Il abandonne l'atelier du Boulevard Saint-Jacques pour le laisser entièrement à Vieira da Silva et s'installe au 83, avenue Denfert-Rochereau. "Je travaillais alors dans un atelier dont les verrières s'ouvraient sur les cimes des arbres. Les branches se balançaient sous mes yeux. Pour parvenir jusqu'à ma porte je suivais une allée bordée de jardins, ces délicieux enclos mi-abandonnés, mi-entretenus de Paris où poussent en touffes clairsemées les iris, les roses trémières, recouvertes de lierre en toutes saisons. Sans la nature je ne peux pas travailler. J'ai besoin de cette béquille pour ne pas devenir trop spéculatif."
1956 Arpad Szenes est naturalisé Français. Avec Vieira da Silva il fait l'acquisition d'un petit terrain dans le quatorzième arrondissement et commencent à construire leur maison "L'atelier du fond du petit jardin existait déjà. Vieira s'y est installée. Je venais la retrouver le soir, nous dormions dans la "bibliothèque" qu'elle a peinte souvent. Pendant ce temps la maison se construisait, nous la regardions grandir, mon atelier devait être au dernier étage."
1958 Voyage en Espagne qui inspire à Arpad Szenes les thèmes suivants: "Labours", "Espagne", "Castille". Son intérêt est désormais concentré sur le paysage et l'espace. "Mon départ, mon point de départ était un certain réalisme, mais j'ai toujours cherché la plastique, la pureté. L'épuration m'a mené peut-être plus loin que je ne voulais. On m'a décrété abstrait. Tout récemment à travers des formes que l'on croit inventées je retrouve pourtant mes premiers rêves d'enfant solitaire."
1960 Plusieurs acquisitions de l'Etat et des Musées français. Le couple visite Rome, ville qu'Arpad Szenes connaît depuis son premier voyage en 1925. Ils acquièrent une maison ancienne à Yèvre-le-Châtel, dans le Loiret. A partir de cette date, le couple passera tous les étés dans cette demeure. 1962 Voyage en Espagne à l'occasion de l'année Vélasquez. "En ce moment je reviens d'Espagne. Je ne pense et je ne jure que par ce que j'ai vu là-bas... "Les Menines"...J'ai toujours besoin de belle peinture pour me nourrir." Arpad Szenes est nommé Chevalier de l'ordre des Arts et des Lettres.
1966 Il voyage à New-York et en Arizona. Il illustre de trente-neuf gouaches le manuscrit de René Char "Le Terme épars" appartenant à la collection d'Yvonne Zervos. Cet ouvrage appartient désormais à la Bibliothèque Nationale de France.
1967 Arpad Szenes est nommé Officier de l'ordre des Arts et des Lettres. L'Etat acquiert "Le Rubis", 1963. "Il m'arrive d'oublier un tableau, un mois plus tard je le regarde, et ce tableau que j'ai abandonné, tout à fait désespéré et dégoûté par lui, est devenu bon. Un des mes tableaux préférés, "Le Rubis" a été fait ainsi..."
1968 Arpad Szenes se rend avec Vieira da Silva à Lausanne pour le vernissage de son exposition à la Galerie Alice Pauli. Ils y retrouvent Mark Tobey qu'ils connaissent.
1970 Première rétrospective de l'oeuvre d'Arpad Szenes organisée par l'Inspection des Musées de province du Louvre. Il travaille désormais dans son atelier au 12ter de la rue Jonquoy, l'atelier de la rue de l'Abbé Carton étant devenu trop petit et peu pratique d'accès.
1972 Importante rétrospective présentée à la Fondation Calouste Gulbenkian à Lisbonne. Le catalogue est préfacé par René Berger.
1974 Rétrospective au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris organisée par Jacques Lassaigne. Premiers symptômes de la maladie de Parkinson dont il souffrira par la suite. Il rencontre André Malraux à l'occasion d'un déjeuner. "Un jour Malraux regardant un des mes tableaux me dit : "Il est très beau mais je l'aimerais encore mieux tourné dans ce sens." C'était exact mais néanmoins je l'ai remis comme il était parce que c'est ainsi que je l'avais construit."
1975 Rétrospective au Musée Fabre à Montpellier.
1975 Importante donation de dessins au Musée National d'Art Moderne de Paris. "Pour un peintre j'ai beaucoup dessiné dans ma vie. Il y a beaucoup de peintres dont on connaît peu de dessins, car leur dessin est sur la toile. Effectivement la peinture est aussi dessin, mais le dessin est direct... Le dessin ne trompe pas parce qu'il ne ment pas." 1976 Arpad Szenes se rend à Rome avec Vieira da Silva à l'occasion de sa nomination au jury du Grand Prix de Rome.
1977 Première rétrospective en Hongrie à la Magyar Nemzeti Galeria à Budapest. L'exposition a lieu après de longues tractations et célèbre les quatre-vingt ans d'Arpad Szenes. Son médecin lui interdit d'assister au vernissage, craignant une émotion trop intense. "Je vis ici (France) depuis soixante ans, je parle encore lentement et tout le monde instantanément reconnaît que je suis d'origine hongroise." Il est nommé Commandeur des Arts et des Lettres. Au Portugal, le Gouvernement le nomme grand-croix de l'ordre de Henri le Navigateur.
1978 Le Musée Varisi Tanacs Kiallitoterme de Pècs reprend l'exposition présentée à Budapest.
1979 Après deux expositions dans son pays d'origine Arpad Szenes offre sept tableaux à la Hongrie.
1981 La galerie Jacob présente un exposition de gouaches et temperas à l'occasion de la publication de l'ouvrage "Le Banquet", éditions de la Différence.
1982 Exposition au Musée Ingres à Montauban organisée dans le cadre des Rencontres d'Art.
1985 Szenes s'éteint dans son atelier à Paris le 16 janvier."Les peintres vivent peut-être vieux parce qu'ils font un métier non violent et contemplatif.... Il faut vivre longtemps pour avoir le temps de faire beaucoup de bêtises et quelques chefs-d'oeuvre."